| La Décision |
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La Décision est toujours binaire : 0 ou 1, oui ou
non.
Et comme ailleurs, il n'y a qu'un mot pour dire oui, c'est oui.
Tous les autres ont été inventés pour dire non.
Et contrairement à une idée reçue, même si certains ont plus de dispositions que
d'autres, tout le monde est décideur. |
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| Trois situations avec une base identique |
| C'est dans le dépassement de soi que la
décision ne peut se refouler. |
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Les conditions : je nage mal. Savoir qu'il y
a un vide sous moi, me donne quasiment un sentiment de panique. Le tout me demande des
efforts invraisemblables pour avancer en nageant. |
| Premier round |
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Une ballade à cheval. En plein été. Un
cousin (salut Rob) qui a envie de piquer une tête dans la rivière. Une rivière avec une
eau 'profonde', qui me la fait paraître sans fond.
Il pique une tête. Disparaît. On regarde. On attend. Il ne réapparaît pas. On ne voit
rien. Et le temps est long. Jusqu'au moment ou l'on sait que 'il se passe quelque chose'.
La décision vient là. Et rien ne peut la faire reculer.
Je plonge en pleine panique. Je prolonge le plongeon pour tenter de voir. Rien. Je
remonte. A bout de souffle. Déjà. Et je replonge. Mais cette fois sans l'inertie de la
hauteur. Je me rend compte que je suis entraîné vers le fond. Panique, un tourbillon. Et
le souffle, le coeur, tout est en désordre.
De réécrire me le fait revivre.
Deuxième décision : il faut que je persévère, car je sais que je ne pourrai pas
recommencer. Donc je continue. Miracle, je vois confusément une forme, des bulles. Là
encore, nouvelle panique, encore plus affective que précédemment.
Et là, nouvelle décision : je décide de me calmer, (j'aurai du le faire avant). On peut
décider de se calmer. On passe alors d'un stade de dépenses d'énergie à un sentiment
de force. Et il en a fallu, pour le rejoindre, le tirer malgré lui, le renverser, car
avec l'attraction du tourbillon, il nageait vers le fond, Et la remontée est longue,
très longue, surtout en suffoquant parce que l'on commence à boire et on croit que l'on
se noie. Jusqu'à la surface. |
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Des quantités de décisions auraient été mieux
prises, avec une simple réflexion, une préparation. J'avais eu une information utile
antérieurement: inutile de chercher à sauver quelqu'un si sa propre vie est en danger.
Certes. Cela vaut pour tout; sauf lorsque des liens affectifs vous lient à la personne en
danger. |
| Deuxième round |
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Jour de pèche. En rivière, le Drôme. Je
ne fais pas de mal aux poissons. A part de rares prises suicidaires, la rivière, avec moi
se repeuple sans problème. Mais l'occasion de 'passer un moment....
Et je fais comme les pros, je marche le long du rivage jusqu'à m'éloigner de mon point
de départ.
Et, si elle se traverse souvent à gué, il y des zones de profondeur. De plus, ce jour
là, la transparence n'y était pas. Ce qui me faisait avancer prudemment, sans trop me
rassurer.
Et je vois, en face, sur l'autre rive, un promeneur avec un bébé dans les bras. Il lui
parle, comme le fait un grand père. Et il avance jusqu'à venir au bord de l'eau. Mignon
spectacle.
Je reviens à ma pêche et à mes lancers, en amélioration constante. Faut dire qu'il y a
de la marge ...
Et d'un coup, je suis interpellé : Monsieur, je glisse"... Et je vois mon brave
homme tenter de se retenir, avec son bébé dans les bras, donc avec désordre, et glisser
sur ce rocher lisse qui le conduit tout droit dans le courant.
Et là, il faut tenter de comprendre la situation et 'faire quelque chose'. Je lui dis de
s'asseoir. En augmentant la surface d'appui, il pourra ne plus glisser ou plus lentement,
et peut être remonter. Ce qu'il fait. Ca se stabilise. Il continue ses efforts pour
tenter de remonter. Il me dit que 'ça y est'. Ouf me voila tranquille. Belle frayeur !
Mais à peine rassuré ... à nouveau ... "Monsieur je glisse .." Et cette fois,
quasiment allongé, la suite est inéluctable. Là encore, il faut faire quelque chose.
Je décide d'être plus calme. Vite et calme.
Pas de gué en amont, ni en aval. Je sens immédiatement que ça tourne mal. Et après
quelques secondes pendant lesquelles le brave homme se retrouve avec un pied dans le courant, me crie qu'il ne sait pas nager, de sauver le bébé... je décide d'y aller. En
sachant pertinemment que je me mettais encore dans une situation à la con, ingérable
dans des conditions normales, et qui vous fait penser 'mais pourquoi moi ?!".
J'étais en amont; ce qui fait que finalement je ne force pas trop en glissant avec le
courant. Par contre, j'ai mal évalué la dérive et je dépasse le glisseur, qui panique
de plus en plus, et j'entends vaguement ses cris, pris par ma propre panique. Je les ai
dépassé et voila qu'il faut je nage à contre courant. L'horreur. Après un temps qui paraît
infini, et des efforts démesurés, j'y parviens. Une infractuosité providentielle à
laquelle je me raccroche. Là j'étais prêt à renoncer. Contraint et forcé. A peine de
quoi respirer que je me vois, mécaniquement, en train de caler, retenir le deuxième pied
du glisseur. Et tout ça en poussant, nageant, pour tenter de le repousser. Une deuxième
infractuosité pour la deuxième main. Ouf. Ca va mieux. Je mets son pied sur ma poitrine.
Il est calé. Reste plus qu'à pousser. Une fois, alors qu'il était au plus haut, et en
s'étirant plus haut encore, il a déposé le bébé. Et à chaque fois il redescend, en
glissant. Tentons autre chose. Je cale mes pieds sous le rocher. Ouf il est proche. Je
peux m'arc-bouter. Et la, pousser plus fort. Tout remonte. Après quelques tentatives, la
situation se stabilise. Le rocher a du se laver.
Je tourne la tête, sans doute à cause du plouf, et je vois le bébé, sur le ventre,
inerte, flotter sur l'eau. C'est une vision terrible.
Je bondis grâce à ma prise, et le rattrape aussitôt. Le retourne. Et maintenant, il
faut revenir, et à contre courant. Et le temps est long. Et pour tenir le bébé la tête
hors de l'eau, je bois, je bois, sans arrêt. Après un temps interminable, le grand père
saisit le bébé. Et moi je me débrouille pour ré attraper mon infractuosité
salvatrice, et me hisser sur la berge de façon peu élégante, pour enfin m'allonger et
respirer, respirer.
Tout rentre dans l'ordre. Et après quelques mercis, le grand père me demande :
"combien je vous dois ?". Sans doute encore sous le choc.
Et puis c'est le moment du retour. Avec mes affaires sur l'autre rive. Je saute donc dans
l'eau. Et là, stupéfaction, à un peu plus d'un mètre du bord, je touche le fond. J'ai de l'eau
jusqu'au coup. De colère j'ai eu envie de hurler. |
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Un grand nombre de décisions auraient été
différentes si .... |
| troisième round |
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A la mer. J'apprends la planche à voile.
Avec la nage, la voile, et particulièrement la planche à voile, c'est pas mon truc. J'ai
plus souvent comme vision la vue de coté, voire de dessous de la planche, que la vue de
dessus.
Et quand on apprend, c'est fatiguant, je tombe, je remonte sur la planche, je me mets
debout, je me penche en forçant pour tenir un équilibre précaire, saisir la corde, et
tenter de contre balancer en forçant comme un âne pour ramener la voile. Et bien
évidemment, à peine presque droite, c'est elle et un clapot non maîtrisé, qui vous
déséquilibre et vous précipite à nouveau à la situation initiale.
Et pendant ce temps là, des imbéciles heureux voguent, remuent cette voile instable
comme d'autres un éventail, et font ça comme s'ils faisaient la sieste à l'ombre d'un
platane.
A genoux sur ma planche, je me remets d'une émotion récente d'un plongeon non
sollicité. Et je décide de souffler un peu. Je regarde des gosses sur leur planche qui
voguent ensemble, en parallèle, tranquilles. Ils voguent.
Puis l'un des deux tombe à l'eau. Je ne suis pas le seul. Et je ne le vois pas
réapparaître. Ah le voila. Il appelle son camarade. Je l'entends comme s'il était tout
à coté de moi, alors que je suis à bien 100 mètres. J'imagine bien que c'est
plus loin encore. Puis j'entends qu'il boit une tasse, comme s'il était à côté de moi. De nouveau des appels, paniqués.
L'autre s'éloigne, toujours tranquillement. Il est à peine à dix mètres, et il ne
l'entend pas. A nouveau je l'entends boire la tasse. Il va bien l'entendre. Et encore.
J'espérais pendant ma réflexion que quelqu'un d'autre entende, et fasse quelque chose.
Mais rien. Alors, il faut bien décider. Et je me mets à l'eau, encore, et toujours en
sachant que c'est loin. J'ai l'impression malgré mes efforts que je fais du sur place,
que je n'avance pas. De temps en temps je regarde. La situation n'évolue pas.
Finalement, j'arrive, sans force évidemment, et je me raccroche à la planche. Je
culpabilise de perdre du temps. Mais je sais que c'est indispensable. Apparemment, le
gosse a le mat sur lui, et il ne peux pas se dégager. Plus tard je verrai qu'il a le pied
pris dans la corde de levage du mat. A chaque mouvement de houle, il s'enfonce avec le
mat. Finalement, je le dégage. Nous regagnons la berge. |
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Ou est la mauvaise décision, toute chose étant
égale par ailleurs ?
Après réflexion, surlignez la suite:
j'aurai du démâter, enlever le mat, et y aller sur ma planche.
Moins de temps, moins de fatigue, plus de rapidité, et plus sûrement.
L'analyse d'une situation est une démarche essentielle. Dans de nombreux domaines il faut
même le faire "à blanc"; avant qu'une situation ne survienne. C'est
l'élément essentiel, sinon vital de la prise de décision. C'est ce que nos grands
managers ont oublié de faire avec, notamment, la "bulle" de la nouvelle
économie. |
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